10 créateurs qui réinventent la mode en 2026

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Une nouvelle génération de créateurs de mode explore les frontières en 2026, entre vêtement, sculpture et expression corporelle. A Paris, Londres et New York, les matières inattendues côtoient les techniques artisanales et les outils numériques. Papier bulle, porcelaine, textiles récupérés ou plissés optiques deviennent les supports de nouvelles expérimentations. Derrière ces propositions parfois spectaculaires, une même ambition se dessine : repenser la relation entre le corps, la matière et le récit.

Créateurs de mode

Une nouvelle génération qui bouscule les codes du vêtement

Les jeunes créateurs ne cherchent plus seulement à renouveler les silhouettes. Ils interrogent la fonction même du vêtement, sa construction et les matériaux qui le composent. Cette démarche rapproche progressivement la mode de la sculpture, de l’architecture et des arts visuels.

En septembre 2026, les magazines Dazed et Nylon ont consacré des sélections à cette nouvelle scène créative. Leurs panoramas révèlent des approches très différentes, du trompe-l’œil textile aux vêtements réalisés avec des objets du quotidien.

Cette effervescence se retrouve dans les concours internationaux. Selon LVMH, plus de 2 400 candidatures ont été examinées pour l’édition 2026 de son prix destiné aux jeunes créateurs. Neuf finalistes ont été retenus après une sélection menée par des experts de l’industrie.

Ces démarches prolongent les recherches de créateurs comme Kevin Germanier, dont les créations associent matériaux récupérés et savoir-faire couture. Toutefois, la nouvelle génération élargit encore le champ des expérimentations, notamment dans la représentation du corps et le détournement des objets.

1. Gil Hursthausen transforme le papier bulle en vêtement

Basée à Londres, Gil Hursthausen développe une approche expérimentale fondée sur l’ironie, les textures et les volumes. La créatrice s’intéresse aux objets ordinaires et aux possibilités formelles qu’ils offrent une fois détournés de leur fonction initiale.

Parmi ses réalisations figure une robe entièrement confectionnée en papier bulle. Ce matériau d’emballage devient une surface vestimentaire translucide, souple et volumineuse. Ses propriétés visuelles modifient immédiatement la perception du corps.

Le choix du papier bulle questionne également la frontière entre vêtement et emballage. La matière protège habituellement un objet pendant son transport. Sur le corps, elle acquiert une fonction esthétique et expressive.

Présentée par Dazed dans sa sélection de septembre 2026, cette expérimentation relève avant tout de la recherche artistique. Elle ne démontre ni une amélioration environnementale ni une alternative industrielle aux textiles conventionnels.

2. A Letter crée des vêtements aux formes sculpturales

Fondé par Freddy Coomes et Matt Empringham, le label londonien A Letter développe un langage visuel proche du trompe-l’œil. Les deux créateurs, formés à Central Saint Martins, ont notamment travaillé auprès de Jonathan Anderson avant de lancer leur projet commun.

Leur travail repose sur une manipulation précise des étoffes. Certaines matières souples semblent figées dans l’espace. D’autres reproduisent l’apparence du papier ou donnent l’impression d’être simplement posées sur le corps.

Le crêpe extrêmement fin, la soie et la laine deviennent ainsi des matériaux de construction. Les vêtements prennent des formes géométriques inhabituelles, parfois proches d’un collage ou d’un objet sculpté.

En 2025, le duo a développé une première collection de dix pièces pour Dover Street Market. En 2026, A Letter poursuit ses expérimentations et présente son travail à la London Fashion Week.

Cette approche montre comment des techniques textiles traditionnelles peuvent produire des effets visuels inattendus. L’innovation réside ici dans la construction et la perception du vêtement plutôt que dans l’invention d’une nouvelle fibre.

3. Daniel Del Valle associe porcelaine et matières vivantes

Avec TheVxlley, le créateur espagnol Daniel Del Valle explore une mode située entre costume, sculpture et performance. Ses silhouettes intègrent des matériaux rarement associés à l’habillement.

Lors de la Fashion Week de Londres, il a notamment présenté des corsets réalisés avec des tasses en porcelaine. D’autres créations utilisent de véritables fleurs et des éléments végétaux pour produire des silhouettes qui évoluent au contact de leur environnement.

Ces associations modifient profondément le rapport entre matière et corps. La porcelaine apporte sa rigidité et sa fragilité. Les végétaux introduisent une dimension organique et temporaire, très différente de celle des textiles traditionnels.

Finaliste du Prix LVMH 2026, Daniel Del Valle a également attiré l’attention de personnalités comme Lady Gaga. Sa démarche témoigne de l’intérêt croissant pour les vêtements conçus comme des objets performatifs.

La résistance, le poids et l’entretien de ces créations constituent néanmoins des contraintes importantes. Leur intérêt se situe principalement dans la recherche formelle et la création de pièces exceptionnelles.

4. Petra Fagerström associe intelligence artificielle et plissé

La créatrice suédoise Petra Fagerström développe à Londres une approche qui associe outils numériques et savoir-faire textiles. Diplômée de Central Saint Martins en 2025, elle a fait du plissé optique l’une des signatures de son travail.

Sa technique, appelée lenticular pleat, repose sur une manipulation précise des plis et des surfaces imprimées. Selon l’angle d’observation et les mouvements du corps, les motifs semblent se transformer.

Cette recherche s’inspire notamment des images numériques et de leurs imperfections. Petra Fagerström utilise les erreurs de représentation produites par l’intelligence artificielle comme des points de départ créatifs.

Dans sa collection automne-hiver 2026-2027, certaines vestes associent les codes du vêtement technique à des silhouettes inspirées de la couture. Les volumes exagérés et les effets optiques brouillent la distinction entre vêtement utilitaire et pièce de défilé.

Finaliste du Prix LVMH 2026, la créatrice démontre que le numérique peut enrichir les méthodes artisanales sans nécessairement les remplacer. La valeur de son procédé repose sur l’interaction entre conception digitale, manipulation textile et confection.

5. Ellen Hodakova Larsson détourne les objets du quotidien

Avec Hodakova, la créatrice suédoise Ellen Hodakova Larsson transforme des objets et matériaux existants en vêtements aux constructions inattendues. Sa démarche repose sur le réemploi, le détournement et une lecture nouvelle des fonctions habituelles des objets.

Ses créations associent notamment des accessoires, des éléments de maroquinerie et des pièces récupérées. Leur assemblage fait apparaître des silhouettes qui oscillent entre vêtement, objet domestique et sculpture.

Cette pratique repose sur une contrainte particulière : la forme initiale du matériau influence directement le dessin du vêtement. Contrairement à une étoffe produite pour la confection, un objet récupéré possède déjà une structure et une fonction.

Le travail d’Hodakova s’inscrit dans une recherche plus large sur le réemploi créatif. La création de vêtements recyclés explore notamment la transformation de matériaux récupérés en nouvelles pièces de mode, sous réserve de traitements adaptés.

Le réemploi ne garantit toutefois pas un impact environnemental réduit. Le démontage, le nettoyage, les transformations et les éventuels composants ajoutés doivent aussi être pris en compte.

6. Marie Adam-Leenaerdt réinvente les vêtements du quotidien

La créatrice belge Marie Adam-Leenaerdt adopte une approche moins spectaculaire mais tout aussi expérimentale. Son travail interroge les proportions, les usages et la construction des pièces ordinaires du vestiaire.

Formée à La Cambre, elle développe depuis 2022 des vêtements qui conservent une fonction quotidienne tout en introduisant des détails inattendus. Les volumes se déplacent, les lignes changent et certaines pièces deviennent réversibles ou modulables.

Lauréate du Grand Prix de l’ANDAM 2026, Marie Adam-Leenaerdt défend une création attentive à la manière dont les vêtements sont réellement portés.

Cette approche ouvre des perspectives pour le développement produit. La modularité peut permettre de multiplier les usages d’une même pièce. Toutefois, son intérêt environnemental dépend de la durabilité réelle du vêtement et des comportements d’achat.

Son travail rappelle que l’innovation formelle ne repose pas nécessairement sur des matériaux extraordinaires. Elle peut aussi naître d’une modification précise du patronage ou de l’assemblage.

7. Julie Kegels explore les contrastes du vestiaire féminin

La créatrice belge Julie Kegels figure parmi les personnalités les plus remarquées de la scène parisienne en 2026. Son travail associe des références au quotidien, des volumes inhabituels et une réflexion sur les codes vestimentaires féminins.

Ses collections confrontent différentes attitudes et fonctions du vêtement. Les pièces familières changent de proportions ou s’associent à des éléments qui perturbent leur lecture habituelle.

Cette démarche interroge notamment les représentations de la féminité et les conventions sociales associées à certaines silhouettes. Le vêtement devient un support narratif, capable d’exprimer plusieurs identités.

Le 4 septembre 2026, Julie Kegels a remporté le Prix LVMH. Cette distinction confirme l’intérêt de l’industrie pour une création qui combine identité visuelle forte et maîtrise de la construction.

Le principal enjeu reste désormais de préserver cette singularité lors du développement commercial. Les proportions expérimentales doivent pouvoir être adaptées aux contraintes de fabrication, de taille et de distribution.

8. Simon Carle donne une seconde vie aux textiles existants

Le créateur Simon Carle travaille à partir de vêtements anciens, de tissus vintage et de stocks dormants, également appelés deadstock. Il transforme ces ressources en pièces qui brouillent les frontières entre vêtement, maquillage et art corporel.

Ses réalisations détournent notamment les soutiens-gorge, débardeurs et articles de bonneterie. Les éléments récupérés deviennent les composants de nouvelles silhouettes, parfois directement moulées sur le corps.

En 2026, son travail a gagné en visibilité grâce à plusieurs collaborations artistiques. Il a notamment conçu des tenues pour des performances musicales et des pièces ajustées à la morphologie de leurs interprètes.

Cette démarche rejoint les recherches de la mode circulaire, mais avec une dimension fortement expressive. Le vêtement existant ne constitue plus seulement une matière à recycler : sa forme et son histoire deviennent des éléments de création.

Le principal frein concerne la reproductibilité. Les stocks dormants présentent des quantités, des compositions et des qualités variables. Cette hétérogénéité complique la fabrication de collections standardisées.

9. Galib Gassanoff transforme les savoir-faire du Caucase

Avec Institution, fondé en 2024, Galib Gassanoff développe une mode qui associe artisanat traditionnel, sculpture textile et mémoire culturelle. Le créateur géorgien d’origine azerbaïdjanaise puise dans les techniques et les récits du Caucase.

Ses collections utilisent notamment des tapis tissés à la main, des cordons, de la laine et des étoffes traditionnelles. Les formes empruntent parfois aux vêtements historiques, mais leur construction répond à une esthétique contemporaine.

Pour sa collection automne-hiver 2026-2027, le créateur a collaboré avec des artisanes de la région de Borchaly. Certains tapis nécessitent un travail manuel particulièrement complexe. Les matières obtenues deviennent des vêtements aux volumes architecturaux.

Finaliste du Prix LVMH 2026 et lauréat du Zalando Visionary Award, Galib Gassanoff place la transmission des savoir-faire au centre de son projet.

Cette démarche présente aussi des limites économiques. Les temps de fabrication sont longs, les compétences rares et les capacités de production réduites. L’objectif n’est donc pas nécessairement de reproduire ces techniques à grande échelle, mais de construire un modèle viable autour de leur préservation.

10. Andrew Curwen revisite le corset à New York

A New York, Andrew Curwen explore une esthétique qui associe corseterie, maille et références gothiques. Ses créations mettent en scène des corps aux silhouettes très construites, entre romantisme et théâtralité.

Lors de sa première apparition au calendrier de la New York Fashion Week, en février 2026, il a présenté des corsets noirs, des robes élaborées et des pièces en maille aux textures complexes.

La construction joue un rôle central dans son travail. Le corset modifie les proportions du buste tandis que les matières souples introduisent des contrastes de mouvement et de volume.

Ses créations ont notamment été portées par Lady Gaga et Slayyyter. Cette proximité avec l’univers musical illustre les débouchés possibles d’une mode expérimentale, au-delà du prêt-à-porter traditionnel.

La scène, les clips et les performances constituent des espaces privilégiés pour ces recherches. Les contraintes de confort et de fabrication y diffèrent de celles d’une collection commerciale destinée à un usage quotidien.

Les matériaux deviennent des outils de narration

Ces dix démarches montrent que l’innovation créative dépasse largement le développement de nouvelles matières. Elle repose aussi sur la capacité à modifier leur fonction, leur perception et leur relation au corps.

Plusieurs approches se distinguent :

  • Le détournement : transformer des objets ordinaires en composants vestimentaires, comme le papier bulle ou la porcelaine.
  • La manipulation textile : produire des volumes et des effets optiques grâce au plissage, au moulage ou au patronage.
  • Le réemploi : utiliser des vêtements existants, des stocks dormants ou des matériaux récupérés.
  • L’hybridation numérique : associer outils digitaux, intelligence artificielle et savoir-faire manuels.
  • La transmission culturelle : réinterpréter des techniques artisanales dans un langage contemporain.

La recherche sur les matières reste également active en dehors des podiums. D’ailleurs, les innovations textiles à base d’algues illustrent cette exploration de nouvelles ressources, avec des enjeux techniques différents de ceux des créations expérimentales.

Il convient cependant de distinguer les démarches artistiques des innovations industrielles. Un vêtement sculptural peut renouveler le langage de la mode sans améliorer ses performances techniques ou environnementales.

Quels créateurs et quelles innovations suivre en 2026 ?

CréateurScène créativeSignaturePrincipal enjeu
Gil HursthausenLondresMatériaux détournésPortabilité
A LetterLondresTrompe-l’œil textileConstruction
Daniel Del ValleLondresPorcelaine et végétauxRésistance
Petra FagerströmLondresPlissé optique et numériqueReproductibilité
Ellen Hodakova LarssonParisRéemploi d’objetsApprovisionnement
Marie Adam-LeenaerdtParisModularité et patronageDéveloppement produit
Julie KegelsParisDéconstruction du vestiaireCommercialisation
Simon CarleScène internationaleVintage et deadstockStandardisation
Galib GassanoffMilanArtisanat caucasienTransmission
Andrew CurwenNew YorkCorseterie sculpturaleConfort et usages

Les niveaux de maturité des uns et des autres varient fortement. Certains créateurs disposent déjà de réseaux de distribution, tandis que d’autres travaillent principalement sur des pièces uniques, des commandes artistiques ou des collections limitées.